QUESTIONS À… Yann Leroux, « psy et geek »

Yann Leroux, psychanalyste et « gamer », participait au festival Level Up à Bron où nous l’avons écouté en conférence. Son approche plutôt « à contre-courant » du discours général sur « l’addiction » et la violence liées aux jeux vidéo, nous a intéressée. Nous avons essayé d’en savoir un peu plus.

Vous vous revendiquez comme « psy et geek ». Comment conciliez-vous les deux ?
Être geek, c’est faire attention aux éléments de la geek culture. Dans mon métier de psy, j’intègre donc cette culture geek à mon travail avec les ados, comme l’univers de Star Wars par exemple. Être psy et geek, c’est faire de la psychologie avec ces objets de la geek culture.

D’où vient votre passion pour les jeux vidéo ?
Ça remonte à loin, à l’époque où je vivais à Dakar, enfant. Il y avait le journal VSD avec beaucoup de pubs sur les jeux vidéo, comme Space Invaders et sur les ordinateurs. Ma passion pour les jeux vidéo s’est confirmée la première fois où j’ai vu un micro-ordinateur et des lignes s’afficher sur un écran, puis dans mon parcours universitaire où j’avais une bonne excuse pour jouer avec des machines. Je pense que c’est le fait d’être aux manettes, aux commandes, ainsi que la dimension de programmation qui me plaît.

Les enfants, nés avec les écrans, sont-ils de futurs « geek » ?
Probablement pas. Les geek sont des passeurs de cette geek culture, dont les ordinateurs ou les comics font partie. Notre rôle est d’humaniser les ordinateurs et de veiller à ce que le contrôle sur les machines ne puisse pas se faire. Les enfants d’aujourd’hui, nés avec les écrans, seront des habitants de ce monde numérique. Cette révolution est équivalente à celle de l’imprimerie à l’époque de Gutenberg, où ce sont les moines qui ont favorisé la diffusion de la culture. Nous sommes un peu « les curés » du numérique !

Selon vous, les jeux vidéo ne rendent ni idiot ni accro. Expliquez-nous pourquoi.
Ça ne rend ni idiot ni plus intelligent. Les ordinateurs ont été vendus auprès des familles en disant que ça rendait intelligent. Au bout de près de trois générations vivant avec des ordinateurs, on ne remarque aucune chute intellectuelle massive ni d’élévation. Quant à l’aspect « accro », il correspond au fait d’être passionné. Les jeux vidéo sont des attracteurs de passion, comme tous les jeux. Si on entend « accro » par « addiction », rien ne le démontre et « les preuves sont faibles » comme on dirait entre psy. En gros, ce sont des « foutaises ».

La crainte que les jeux violents rendent violents est-elle fondée ?
Non, il s’agit d’un mythe. Il y a eu une cristallisation autour de cette idée après le massacre de Columbine mais il n’y a aucune preuve du lien entre les jeux vidéo et le passage à l’acte violent. Les premières raisons de tels passages à l’acte violent sont les troubles psychiatriques et l’endoctrinement. Il y a toujours eu une phobie humaine vis-à-vis des objets technologiques.

Existe-t-il des différences de comportements entre les joueurs et les joueuses ?
Il y a en effet une différence entre les joueurs et les joueuses. Avant la puberté, les filles et les garçons jouent ensemble. Après la puberté, les filles vont choisir des jeux sociaux notamment autour de la maternité ou du quotidien, tandis que les garçons seront plus actifs, plus dans les jeux de combat. Mais cette différence entre intériorité et extériorité n’a rien à voir avec le genre. Elle est conditionnée par les déterminants sociaux ou encore l’imaginaire familial.

Que peut-on apprendre (sur soi et les autres par exemple) en jouant aux jeux vidéo ?
On peut y apprendre ce que l’on apprend en général dans n’importe quel type de jeu : qui on est et qui est en face de nous, comment chacun réagit selon les situations, qui est envieux, qui se vante… Les jeux sont des révélateurs de personnalité, des ateliers pour affiner sa personnalité.

Quel est votre jeu vidéo préféré ? Pourquoi ?
C’est World of Warcraft car j’y jouais quand j’étais petit. J’aime jouer avec les autres, avoir des actions coordonnées et vivre ensemble une expérience enrichissante de jeu. De plus, l’univers de l’Heroïc fantasy me plaît beaucoup.

Votre personnage de jeu vidéo préféré ? Pourquoi ?
C’est Thrall dans World of Warcraft, un chef de horde qui œuvre pour la réunification de sa horde. Vu mes origines, je crois que c’est un travail de synthèse que j’essaye de faire H24. Thrall s’apparente au personnage biblique de Moïse. Il libère son peuple de l’esclavage, rebâtit une civilisation, redécouvre le patrimoine de sa famille. Il se maîtrise.

Êtes-vous « bon joueur » ?
Je suis fair-play dans le jeu et je vais même jusqu’ à sacrifier ma progression au profit des autres… C’est certainement par vanité. Je ne suis donc pas un très bon joueur car je ne suis pas les règles et ne fais pas les bonnes actions. Cela a peu d’importance pour moi.

 

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